17/11/2022

MANGER DU SENS Réinventons les modèles

Energies renouvelables : les particuliers prêts à investir

Par Valère Corréard - Linfodurable.fr
  • énergies renouvelables
  • crise énergétique
  • transition énergétique
  • financement participatif

Entretien avec Laure Verhaeghe, co-fondatrice et directrice générale de Lendosphère, une plateforme de financement participatif experte des énergies renouvelables créée en 2014. A travers Lendosphère, les particuliers peuvent décarboner leurs investissements en finançant directement des projets solaires, éoliens, de réseaux de chaleur ou de méthanisation, tout en bénéficiant de leurs retombées financières.

Quel regard portez-vous sur la crise énergétique que nous traversons ?

La crise énergétique actuelle est le fruit d’un retard structurel dans le développement des EnR (la France est le seul pays européen à n’avoir pas tenu ses objectifs en la matière, avec une part des EnR de 19 % au lieu des 23 % attendus dans notre consommation finale d’énergie) et d’une pénurie conjoncturelle liée au conflit ukrainien, aux grèves dans les raffineries et aux problématiques de la filière nucléaire. Ces deux points ont enfin fait ressurgir les enjeux énergétiques, longtemps restés dans un angle mort médiatique et politique, car ils ont révélé notre dépendance énergétique qui affecte aujourd’hui le budget des ménages et des acteurs économiques du pays. Cette crise aurait été largement minimisée si la France avait donné leurs permis aux centaines de projets solaires et éoliens qui attendent dans les couloirs des préfectures. Ces projets produisent aujourd’hui le kWh le plus compétitif tout en apportant une réponse incontournable à l’urgence climatique

Est-ce que cela change le rapport des consommateurs avec l’énergie du quotidien ?

La crise a fait prendre conscience des enjeux géopolitiques et des failles que représentent nos approvisionnements en énergies fossiles et la prédominance du nucléaire dans notre mix électrique. Sans imaginer un “monde d’après”, il serait bon qu’elle permette d’accélérer le déploiement d’un mix énergétique diversifié, renouvelable et relocalisé. Pour les consommateurs, la situation est évidemment anxiogène : inflation du prix de l’énergie, pénurie, risque de coupure…

Nos partenaires observent une très nette dynamique de la demande des particuliers pour des panneaux solaires et des travaux de rénovation thermique - aujourd’hui bien plus rapidement rentabilisés.

Nous observons une recrudescence des inscrits sur la plateforme de Lendosphere ces derniers mois (+ 40 %), avec un intérêt plus largement diffusé pour l’investissement dans les énergies renouvelables.  

La transition énergétique de la France va-t-elle assez vite ?

Non ! A nouveau, la France a réussi l’exploit d’être le seul pays à ne pas atteindre ses objectifs européens d’énergie renouvelable. Les derniers appels d’offres de la Commission de Régulation de l’Energie sont sous-souscrits car les temps de développement des projets éoliens et solaires sont très lents (deux fois plus lents que chez nos voisins allemands par exemple, et nous développons 1 GW d’éolien par an alors qu’il en faudra 2). Côté offshore, il a fallu onze années pour finaliser l’installation du premier parc, celui de Saint-Nazaire. Ce retard, qui résulte des procédures administratives et des recours systématisés, a aujourd’hui des conséquences bien visibles : si nous avions tenu notre feuille de route, le pays disposerait de 64 TWh d’énergie supplémentaire. Et c’est une perte pour l’Etat et le contribuable : ce sont les bénéfices des filières éoliennes et solaires qui vont payer une bonne partie des aides énergétiques cet hiver… 

Qui sont vos investisseurs et avec le recul quelle est l’évolution des usages sur votre plateforme ?

Nos investisseurs souhaitent conjuguer sens et rentabilité et sont très fidèles : 2/3 d’entre eux sont récurrents et investissent dans plusieurs projets, dans une logique de diversification et de décarbonation de leurs investissements. Une majorité d’investisseurs arrivaient initialement sur Lendosphere par leur proximité avec une installation renouvelable faisant l’objet d’un financement participatif en ligne. Ils avaient entendu parler de nous grâce au travail de pédagogie sur le terrain que nous menons au quotidien. Dorénavant, de plus en plus d’investisseurs nous trouvent dans le cadre d’une recherche de transparence sur l’impact de leurs placements : le financement participatif permet d’y répondre pleinement, en garantissant un lien direct entre le projet et l’investisseur.

Le montant moyen investi est de 1 700 €, avec un minimum à 50 € et un maximum à 1 M€ : la part des investisseurs dits avertis augmentent ces derniers mois et notre track record les rassurent (aucun défaut avec un rendement moyen de 6%).

Cette récurrence et croissance de nos investisseurs permettent à la plateforme d’accompagner davantage de projets – nous venons de mettre en ligne le 400ème.  

Il y a un projet de loi relatif à l’accélération de la production d’énergies renouvelables avec notamment un pilier consacré au partage de la valeur, vous considérez que cela va dans le bon sens ?

Ce projet vise à accélérer les procédures administratives, ce qui est incontournable au regard des crises climatiques et énergétiques. Le partage de la valeur des projets d’énergies renouvelables est l’un des 4 piliers de ce projet de Loi, et c’est une très bonne chose : les projets d’énergies renouvelables souffrent en France d’une méconnaissance qui génère de la méfiance et de l’opposition, parfois violente. Il est essentiel de remédier à cette situation, en associant les riverains des projets à leur développement et à leurs retombées financières. Mais aujourd’hui, ce partage de la valeur tel qu’il est écrit dans l’article 18 passe essentiellement par une réduction de la facture d’électricité pour les riverains des projets. Non seulement ce dispositif est une usine à gaz (qui passe par la CSPE) mais ce n’est pas un bon signal : une énergie artificiellement moins chère ne favorise pas des travaux de rénovation thermique, et cette vision maintient une perception négative des projets qu’il s’agirait de compenser. D’autres modèles éprouvés sont en place chez nos voisins européens, comme l’obligation de proposer des parts du capital des projets à leurs riverains, ce qui serait bien plus intelligent. Et les outils existent déjà pour y parvenir ! 

Source : https://www.linfodurable.fr/environnement/energies-renouvelables-les-particuliers-prets-investir-34999

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