10/11/2022

INTERFEL Interprofession des fruits et légumes frais

Agriculture urbaine : des rendements plus importants que dans les champs

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Pour la première fois, une étude montre que l’agriculture urbaine offre des rendements aussi – voire plus – importants que l’agriculture de plein champ.

L’agriculture urbaine a le vent en poupe en Europe. Depuis 2021, dans la ville de Roeselare en Belgique, un immense entrepôt de 9 000 mètres carrés cultive des fruits et légumes sur des systèmes verticaux, à grand renfort d’éclairages LED, de citernes de récupération d’eau de pluie, le tout chauffé par un incinérateur de déchets. Un projet colossal soutenu par le fonds européen de développement régional (FEDER).

A Paris, la plus grande ferme urbaine d’Europe vient d’ouvrir ses portes : 14 000 mètres carrés de cultures, au sud de la capitale, annonçant une production de 320 tonnes de fruits et légumes par an…. A vingt mètres du sol !

De la même manière, de la nourriture est produite dans le centre de Séville en Espagne, à Bologne en Italie, à Berlin en Allemagne… Pas une métropole européenne, et même mondiale, n’échappe aujourd’hui aux jardins associatifs, aux micro fermes urbaines, à l’« indoor farming ».

« Malgré sa popularité croissante, il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons sur l’agriculture urbaine, si les rendements sont similaires à l’agriculture conventionnelle, ou même quelles cultures sont couramment cultivées« , déclare dans un communiqué Florian Payen, de l’université de Lancaster au Royaume-Uni et auteur principal de la publication parue dans la revue Earth’s Future.

En analysant 200 études sur le sujet, menées dans 147 villes de 53 pays (principalement en Europe), les scientifiques ont pu montrer pour la première fois que les rendements en agriculture urbaine sont similaires voire supérieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle.

Environnements contrôlés

Les fermes urbaines recouvrent bon nombre de pratiques. Les chercheurs différencient les espaces « verts », c’est-à-dire les cultures de pleine terre, dans les friches, les jardins partagés ; et les espaces « gris », hors-sol, au sein d’infrastructures urbaines (hangars, toits, façades…).

Si ces deux environnements ne montrent pas de différences significatives en termes de rendements, les chercheurs ont identifié des pratiques plus performantes que d’autres au sein des espaces « gris ».

L’hydroponie, par exemple, une technique de pointe qui substitue la terre à l’eau, s’avère particulièrement efficace pour les tomates, dont les rendements sont multipliés par trois par rapport aux cultures classiques. De même que les brocolis ou le chou frisé se prêtent très bien à la culture verticale.

Aussi, le fait de pouvoir « contrôler » entièrement ces environnements (luminosité, température, hygrométrie) permet d’accélérer les cycles de croissances et de faire plusieurs récoltes par an, tout en évitant les aléas naturels (météo extrême, insectes ravageurs). Ce qui entraîne mécaniquement des rendements plus élevés.

Les résultats les plus spectaculaires concernent la production de concombres et de cornichons des villes : près de cinq fois supérieurs (17kg par mètre carré) à ceux des campagnes (3,8 kg par mètres carrés).

Les chercheurs insistent toutefois sur le fait que certains légumes ou fruits ne sont pas adaptés à certains modes de cultures urbaines – comme les pommiers, que l’on peut difficilement empiler verticalement dans un hangar, note Florian Payen. « Même si nous avons trouvé une étude parvenue à faire pousser du blé de cette façon », s’étonne-t-il.

Les auteurs reconnaissent un autre point faible à l’agriculture urbaine, en particulier dans les espaces « gris » : la dépense énergétique, souvent conséquente dans ces environnements artificiels, bardés d’outils technologiques et numériques. L’empreinte carbone globale reste donc à étudier, tout comme la rentabilité des structures.

Rapprocher les urbains des lieux de production

Alors que la population urbaine mondiale croît inexorablementla recherche doit se poursuivre, selon les auteurs, pour évaluer la capacité de l’agriculture urbaine à nourrir la population.

Aujourd’hui, entre 15 % et 20 % de la nourriture mondiale est produite dans les villes.

« L’utilisation du potentiel de production alimentaire des zones périurbaines mondiales uniquement pourrait nourrir localement environ 30 % de la population urbaine mondiale, avec toutefois des variations entre les différentes régions du monde », expliquent les scientfiques en se basant sur de récents travaux.

Ils interpellent enfin sur la capacité de cette agriculture à améliorer l’accès aux aliments frais, aux produits locaux. A rapprocher les urbains des lieux de production.

Selon eux, « la production alimentaire urbaine devrait être plus résiliente que l’agriculture conventionnelle en raison de sa chaîne d’approvisionnement courte pour les citadins et de ses activités agricoles diversifiées. »

En 2020, l’Union européenne a créé le premier Forum européen sur l’agriculture urbaine (EFUA) visant à accompagner et à financer ces pratiques.

SOURCE: Agriculture urbaine : des rendements plus importants que dans les champs – EURACTIV.fr

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